COVID-19 : 60 000 tests réalisés à l’HMR

Photo des docteurs Lambert Busque et Annie-Claude Labbé dans le laboratoire de l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont.

Les docteurs Lambert Busque et Annie-Claude Labbé prennent le temps de poser dans le laboratoire de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont.

Le 30 mai, l’équipe des laboratoires de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont a dépassé les 60 000 tests de détection de SARS-CoV-2 (Covid-19). Retour sur un succès avec les docteurs Lambert Busque et Annie-Claude Labbé.

Quels types de tests réalisez-vous? Comment procédez-vous?

Lambert Busque et Annie-Claude Labbé : Actuellement, plus de 40 laboratoires québécois effectuent des tests d’amplification des acides nucléiques (TAAN). Après deux mois d’activité, le laboratoire de l’HMR a dépassé les 60 000 tests réalisés, environ 10 % des tests de la province.

Les analyses sont réalisées au laboratoire de diagnostic moléculaire et au laboratoire de microbiologie. Contrairement aux tests sérologiques (prises de sang) qui détectent les anticorps développés à la suite d’une infection, nous détectons directement la présence du virus, dans les sécrétions de la gorge et du nasopharynx de la personne infectée.

Il s’agit de la même technologie que celle utilisée pour les tests génétiques humains, mais en ciblant le génome du coronavirus. On utilise la technique PCR (Polymerase Chain Reaction) une sorte de photocopieuse du virus, qui permet de détecter de très petites quantités de virus. Cette technique est très précise, mais pas infaillible : il faut un bon échantillon pour avoir du succès!

Plusieurs méthodologies complémentaires sont disponibles dans nos laboratoires. Cela permet de répondre à la demande et de prévenir les problèmes d’approvisionnement : avec la pandémie, tous les laboratoires commandent les mêmes réactifs! Nous planifions constamment des solutions de rechange à d’éventuelles ruptures de stock, car nous travaillons sept jours sur sept.

Qui testez-vous?

L. B. et A.-C. L. : Notre mission est de servir la population de l’Est de la ville. Nous testons donc :

Cette priorisation évolue avec la pandémie et suit les directives de la santé publique. Nous nous adaptons aussi aux besoins des établissements que le laboratoire dessert.

Comment fonctionnez-vous?

L. B. et A.-C. L. : Une grande partie du volume reçu est prélevé par l’équipe de la clinique de dépistage de Chauveau (incluant les cliniques mobiles) qui effectue un travail formidable, jour après jour.

Certains employés qui ont dû y faire plusieurs prélèvements nous ont dit que bien que l’écouvillonnage du nasopharynx soit très désagréable, le personnel sur place est chaleureux et efficace! La communication quotidienne entre le personnel des laboratoires et les gestionnaires de cette équipe est essentielle pour assurer la fluidité des analyses et la qualité des résultats.

La rapidité du transport des échantillons et l’exactitude des informations transmises sont des éléments essentiels au processus.

Quels sont les défis rencontrés?

L. B. et A.-C. L. : Parmi les défis que nous avons à surmonter, mentionnons la disponibilité des écouvillons et du matériel (liquide et tube) de conservation pour le transport de ces écouvillons. Nous avons travaillé avec l’équipe des approvisionnements pour trouver des solutions pour des écouvillons alternatifs et les valider en un temps record.

À titre d’exemple, à propos des milieux de transport, nous avions l’habitude d’utiliser ceux de la compagnie COPAN pour la recherche de virus respiratoires. Or, cette compagnie italienne n’arrive pas à répondre à la demande. Le personnel du laboratoire de microbiologie prépare donc quotidiennement plus de mille tubes contenant une solution saline, dans lesquels les écouvillons peuvent être conservés et transportés au laboratoire.

Nous avons également dû surmonter des défis énormes en termes de logistique et d’organisation des activités. Les dépistages du coronavirus ont dû s’intégrer aux autres activités diagnostiques qui ne se sont jamais arrêtées malgré la pandémie. Ceci a été possible grâce au dévouement des équipes en place qui ont accepté que leur routine soit complètement chamboulée.

Vous avez été opérationnel très rapidement. Comment expliquez-vous cela?

L. B. et A.-C. L. : Le laboratoire de diagnostic moléculaire de l’HMR étant l’un des plus importants de la province grâce, entre autres, au soutien de la Fondation HMR, nous savions que nous étions capables de relever ce défi, le plus grand depuis les débuts du laboratoire en 1994.

Réalisant que les espaces, le personnel et les équipements ne permettraient pas d’atteindre le volume de tests souhaité, nous avons fait appel à plusieurs partenaires :

  • Avec l’aide du Centre de recherche de l’HMR, deux laboratoires ont été adaptés pour permettre d’effectuer les tests COVID de façon sécuritaire.
  • Grâce à l’aide de gestionnaires et de technologistes médicaux, et à la mobilisation de la communauté scientifique de l’HMR, le personnel embauché a pu être formé rapidement.
  • La collaboration du service des achats a permis de commander et de recevoir les nouveaux équipements en un temps record : une fois installés et validés, ceux-ci nous ont permis de doubler notre capacité en moins de deux semaines.
La compétence de notre équipe a permis de mettre au point rapidement et d’améliorer constamment le test pour être capable de répondre à la demande. Comme plusieurs l’ont déjà dit : Nous construisions l’avion en volant!Lambert Busque et Annie-Claude Labbé

Quel bilan tirez-vous des dernières semaines?

L. B. et A.-C. L. : Ces réalisations exceptionnelles n’auraient jamais pu se produire sans l’engagement et le dévouement de toute l’équipe, sans la collaboration des partenaires. Cette mobilisation, dont l’objectif ultime est de préserver la santé de la population, est source de motivation pour aller encore plus loin, faire encore mieux, en acquérant et développant des technologies innovantes, grâce à l’aide de la Fondation notamment.

Combien de personnes y travaillent? Sur quoi portent vos travaux?

L. B. et A.-C. L. : C’est une grosse équipe! De la réception des échantillons et la saisie des requêtes, jusqu’à la validation des résultats, une cinquantaine de personnes sont impliquées : technologistes médicaux, spécialistes, scientifiques, gestionnaires, réceptionnistes, commis et médecins.

Notre équipe a développé rapidement une expertise scientifique sur la COVID. Nous envisageons d’ailleurs de travailler sur un projet visant à identifier et à caractériser les différentes souches de SARS-CoV-2. Cela sera très important pour comprendre l’évolution du virus au cours des prochains mois. Toutefois, nous devrons mettre en place une nouvelle technologie de séquençage à haut débit pour y parvenir. Nous espérons que la création du Fonds Tous solidaires de l’HMR nous y aidera.

Lambert Busque, MD, FRCPC
Hématologue
Chef de service de diagnostic moléculaire,
OPTILAB-CHUM, site HMR

Annie-Claude Labbé, MD, FRCPC
Microbiologiste
OPTILAB -CHUM, site HMR

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